PAN/PAN (2018)

Anna Eyler PAN/PAN (2018) animation, 3 min. 53 sec.

PAN/PAN utilise la vidéo générée par ordinateur pour sonder les liens entre l’exploration, la nature sauvage et la technologie dans un contexte contemporain. S’inspirant des univers visuels de la peinture de paysage et des vidéos en direct de la NASA, PAN/PAN présente une série de reliques d’un avenir lointain. Le mouvement et l’arrêt y sont représentés en alternance dans des scènes virtuelles dépourvues de présence humaine où des appareils biomorphiques fonctionnent comme des doublures technologiques de l’expérience incarnée. Leur présence inattendue remet en question les conceptions violentes et colonialistes de la nature sauvage inhabitée, de même que les récits masculinistes de découverte si souvent dépeints dans la peinture de paysage du début du XXe siècle. Grâce aux contrastes établis entre l’artificiel et le naturel et le virtuel et le réel, PAN/PAN propose une vision ludique, mais déconcertante, de notre avenir technologique.

Nos expériences étant de plus en plus médiatisées en raison de la technologie, comment pouvons-nous renégocier notre subjectivité incarnée? Les environnements virtuels peuvent-ils constituer des sites propices au flou des frontières entre la technologie, l’esthétisme et l’artificiel? Comment pouvons-nous développer une intimité importante avec nos technologies sans les réduire à l’état de simples réflexions de nos propres valeurs et croyances? PAN/PAN soulève ces questions et préoccupations liées aux débats contemporains sur l’art et la technologie.

Anna Eyler est titulaire d’un baccalauréat ès arts en études religieuses et histoire de l’art de l’Université Carleton (2010) et d’un baccalauréat en beaux-arts de l’Université d’Ottawa (2015). Parmi ses distinctions récentes, mentionnons l’Artengine New Media Award (2015), le Sparkbox Residency Award (2016) et une bourse du Programme de bourses d’études supérieures du Canada Joseph-Armand-Bombardier (2017). Ses œuvres sont actuellement exposées à la Galerie d’art de l’Hôtel de ville d’Ottawa (2018). Mme Eyler est candidate à la maîtrise en beaux-arts à l’Université Concordia, où elle se spécialise en sculpture et en céramique.


The Queer in the Rural (2018)

Emily Hamel The Queer in the Rural (2018) vidéo, 10 min. 50 sec.

The Queer in the Rural explore l’espace politique rural en lien avec l’homosexualité par l’intermédiaire d’une technique de manipulation de code de fichiers vidéo appelée « datamoshing ». La vidéo présente le paysage agricole rural comme un espace binaire opposant ce qui existe naturellement dans le monde et ce qui découle de l’intervention humaine. The Queer in the Rural met de l’avant des environnements naturels et artificiels, traditionnellement considérés comme opposés, fonctionnant en harmonie et créant par le fait même un espace qui défie la notion de binarité, intrinsèquement « queer ». Le datamoshing permet de saisir les éléments naturels et artificiels qui modulent l’espace, de suivre leurs interactions et enfin de cartographier et d’archiver la présence de caractéristiques congruentes dans le paysage. Ce processus est fondamental pour la mise en valeur du contenu de l’œuvre; la manipulation du code de fichiers vidéo et l’assemblage de deux éléments existant séparément permet à The Queer in the Rural de créer une expérience visuelle qui rappelle les parties originales tout en proposant une image entièrement nouvelle composée de récits visuels et de concepts uniques formant une combinaison originale. Bien que les vidéos qui en résultent soient considérées comme étant corrompues ou « brisées » dans les constructions dans lesquelles elles opèrent normalement, elles sont bien placées pour révéler les espaces quotidiens, les subjectivités et l’entrecroisement des identités spatiales qui sont cachées ou passent inaperçues.

Emily Hamel est une artiste interdisciplinaire qui exerce actuellement à Hamilton, en Ontario, où elle a récemment obtenu un baccalauréat en beaux-arts de l’Université McMaster. Pendant ses études à McMaster, elle a reçu le prix Ignition pour s’être distinguée au sein du programme en arts visuels en atelier. Ses œuvres ont fait l’objet de nombreuses expositions en Ontario et partout au Canada. Mme Hamel s’intéresse principalement au numérique et aux concepts d’identité homosexuelle, d’hybridité et d’impermanence.


Taking is too easy, but that’s the way it is (Dance, Dance, Revolution?), 2016

Alvin Luong Taking is too easy, but that’s the way it is (Dance, Dance, Revolution?), 2016 vidéo, 1 min. 55 sec.

You have got to give – Spice Girls, 1996

Les émeutes de la Poll Tax, qui ont eu lieu en 1990 à Londres, ont marqué la fin du mandat de 11 ans du gouvernement Thatcher au Parlement britannique. Au cours de ces 11 années, l’économie politique du monde occidental est passée d’un modèle d’aide sociale keynésien, après la Deuxième Guerre mondiale, à un modèle néolibéral qui s’est depuis étendu dans le monde entier et que nous suivons aujourd’hui. Ce système d’économie politique, qui accorde la priorité aux droits des détenteurs de capital, à la propriété et à la production, présente des symptômes qui se manifestent sous forme de mesures d’austérité telles que le retrait du financement des avantages sociaux des travailleurs, la déréglementation des finances et le renforcement de l’appareil de sécurité de l’État pour garantir les droits du capital. C’est la Grande Récession qui a permis à une telle économie politique de voir le jour et ses effets s’accélèrent avec la montée actuelle du nationalisme, et du fascisme qui en résulte, et ce, dans le monde entier.

En 1996, six ans après les émeutes de la Poll Tax à Londres, les Spice Girls lançaient leur chanson à succès « Wannabe ». En 1998, Konami mettait sur le marché son jeu vidéo à succès « Dance Dance Dance Revolution ». J’ai décidé de prendre le titre du jeu vidéo de Konami au sérieux et je me suis demandé si une véritable volonté révolutionnaire se cachait derrière ce choix. J’en ai déduit que la réponse est « non ». Ce questionnement sur les notions de neutralité politique et de complaisance s’étend aux Spice Girls. Dans un élan de satire et d’angoisse, j’ai créé un tableau du jeu Dance Dance Revolution inspiré de la chanson « Wannabe » des Spice Girls et des émeutes de la Poll Tax de Londres. Dans cette intervention absurde, l’annonceur du jeu vidéo est un leader révolutionnaire, les Spice Girls chantent une chanson de rébellion et le corps suit les émeutes.

Alvin Luong construit des personnages et des histoires qui intègrent des éléments biographiques, des récits historiques et des événements contemporains. L’œuvre de l’artiste évoque des moments de comédie, de profondeur et d’absurdité sous diverses conditions politiques, culturelles et économiques. En mettant à profit les techniques utilisées dans les médias de masse et le divertissement, Alvin Luong crée un dialogue subversif à propos d’enjeux actuels comme l’urbanisation, le climat et la guerre.

En 2016, M. Luong a obtenu un baccalauréat avec distinction de l’Université de Toronto, arrivant en tête de la promotion 2016 dans le domaine des sciences humaines. Il a obtenu l’OCAD University Off Screen Award pour la meilleure installation de nouveaux médias à l’Images Festival de 2017 et il commencera une résidence à l’Inside Out Art Museum (中间美术馆), à Beijing, en Chine, en septembre 2018. En plus de mener une carrière d’artiste, Alvin Luong est codirecteur et conservateur de Bunker2 Contemporary Art Container, une galerie d’art expérimentale sans but lucratif qui présente des œuvres stimulantes d’artistes émergents et sous-exposés.


IN BETWEEN () WE OSCILLATE (2018)

Xuan Ye IN BETWEEN () WE OSCILLATE (2018) Web et audio

IN BETWEEN () WE OSCILLATE est une installation Web et une prosodie audiovisuelle faisant écho à l’environnement sociopolitique mondial actuel, au sein duquel il y a prolifération du numérique et non-humain, diasporisation et migration, qui pointe vers une réalité et une subjectivité qui oscille constamment.

IN BETWEEN () WE OSCILLATE fait appel à la programmation au moyen de technologies Web ouvertes pour animer des paires d’antonymes anglais sous forme d’ondes sonores. Les mots proviennent d’une base de données d’antonymes extraite d’un manuel d’anglais langue seconde. À mesure que les mots défilent à l’écran en alternant à gauche et à droite, une bande sonore code la visualisation de toutes les paires d’antonymes pour obtenir un spectrogramme de fréquences audibles. Considérant le langage comme un matériau et le Web comme une infrastructure et un lieu, IN BETWEEN () WE OSCILLATE sculpte une lumière néon qui est toujours en mouvement, et donc incapable de se matérialiser dans un corps physique. Cette déclaration inquiétante traduit littéralement l’instabilité de notre époque et sa nature spéculative; à l’intérieur du spectre et du continuum de l’oscillation, nous existons dans les bifurcations, dilemmes et dichotomies.

S’appuyant sur des formes de poésie numériques pour explorer le potentiel socioculturel des technologies du langage et des médias, mes recherches actuelles portent sur les mécanismes à l’origine des langues et du langage informatique ayant reconfiguré nos perceptions individuelles et collectives. Je vois mon œuvre artistique comme une tentative de démystification des frontières poreuses entre les médias et la culture, et de manipulation de la violence systémique du langage en visualisant de manière xénopoétique l’expérience humaine en tant que système ouvert dans un métasystème appelé a à devenir cosmique[1].

Xuan Ye (née en 1989) est une artiste interdisciplinaire, artiste de la scène et chercheure dont les travaux synthétisent le contenu de créations et de recherches en musique, en arts visuels et en arts de la scène. Elle a obtenu récemment une maîtrise en beaux-arts spécialisée en arts visuels de l’Université York et, en 2013, une maîtrise en études médiatiques et culturelles de l’Université de New York. Xuan Ye a présenté des œuvres et a donné des représentations à l’échelle internationale, notamment dans le cadre des événements et aux endroits suivants : Goethe-Institut (Chine), Squeaky Wheel Film & Media Art Center (États-Unis.), Trinity Square Video (Canada), Wrong Biennale (en ligne), AGYU (Canada), Times Museum (Chine), Bronx Art Space (États-Unis), Galleri CC (Suède). Elle est née et a grandi en Chine, mais vit et travaille actuellement à Toronto, au Canada.

[1] Ireland, Amy. « "Poetry is Cosmic War" Interview with A.J. Carruthers. » RABBIT 2016 : 93-110.


Carpet No. 7 (2017)

Shaheer Zazai Carpet No. 7 (2017) image numérique

Carpet No. 7 est une œuvre formée d’une grande série de matières textiles numériques produites au moyen de Microsoft Word. Elle explore les effets du déplacement, de l’hybridation et de l’appropriation à la suite des progrès technologiques. Le travail numérique, visuellement enraciné dans l’outil employé pour le produire, Microsoft Word, présente des images tirées de tapis afghans traditionnels. Chaque nœud d’un tapis correspond à un caractère saisi, les méthodes de fabrication de tapis étant reproduites dans un logiciel familier et largement utilisé. Avant les ordinateurs, la programmation était utilisée dans la production de motifs de matières textiles au moyen de métiers à tisser; les tisserands de tapis utilisaient un langage semblable pour reproduire des motifs en nœuds par pouce carré. Les ordinateurs et les matières textiles ont des origines et des histoires communes, qui se rejoignent dans Carpet No. 7.

Les tapis Microsoft Word rendent hommage à la beauté de la culture et de la tradition qui ont été victimes des bouleversements politiques. Les progrès technologiques combleront-ils l’écart entre une population déplacée et son pays d’origine? Sommes-nous en train de devenir des êtres hybrides divisés entre la culture innée et celle que nous adoptons; ou la perte de notre culture n’est-elle pas une partie inévitable du développement humain? Des questions comme celles-ci continuent d’alimenter la pratique de l’artiste, qui tente de mettre en lumière le développement de l’identité culturelle à travers les technologies de tous les jours.

Shaheer Zazai est un artiste canadien d’origine afghane basé à Toronto qui pratique actuellement la peinture et les médias numériques. Sa pratique se concentre sur l’exploration et la recherche du développement de l’identité culturelle dans le climat géopolitique et la diaspora actuels. Shaheer Zazai a reçu un baccalauréat en beaux-arts de la OCAD University en 2011, a obtenu le titre de OCAD University Digital Painting Atelier Artist-in-Residence en 2015 pour la production de son premier tapis numérique. Il a également reçu des subventions du Conseil des arts de l’Ontario. Depuis, M. Zazai a organisé des expositions individuelles et collectives, comme celles de l’Art Gallery of Mississauga, du Hazelton Lanes Art Festival et du Project Gallery. Sa plus récente exposition solo, intitulée Here Now Back Then at Double Happiness Projects (DHP), présentée à Toronto, met en scène publiquement pour la première fois sa série numérique en entier.